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2016

ARCHÉOLOGIE Le plus vieux des Picards vivait à Abbeville

Courrier Picard 22 octobre 2016

Lors de fouilles dans le quartier de l’Espérance, cette semaine, à Abbeville, les archéologues ont retrouvé des silex taillés attestant la présence de l’homme il y a 700 000 ans

C’est une découverte exceptionnelle, qui remet Abbeville sur le devant de la scène préhistorique. Cette semaine, des archéologues ont profité des travaux d’aménagement à venir dans le quartier de l’Espérance pour réaliser des sondages. Dans les couches de sable, à plus de 5 mètres de profondeur, ils ont retrouvé une dizaine de silex taillés. Ces outils primitifs, a priori destinés à un usage domestique, attestent de la présence de l’homme sur ce territoire il y a environ 700 000 ans. Ce qui en fait la trace la plus ancienne de Picardie, et sans doute du nord de la France. Jusqu’à présent, elle avait été relevée à Amiens, rue du Manège, et datée de – 550 000 ans.

 

Ces objets ont pu être datés en fonction des couches géologiques dans lesquels ils ont été trouvés. Et sont la preuve qu’attendaient les chercheurs. «  C’est génial, s’enflamme Marie-Hélène Moncel, directeur de recherche au Muséum d’histoire naturelle. C’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Nous ne pouvions imaginer mieux, c’est une chance unique.  »

 

« C’est génial. Nous ne pouvions imaginer mieux, c’est une chance unique. »

Marie-Hélène Moncel

 

Toutefois, Marie-Hélène Moncel et Pierre Antoine, géologue au CNRS, ne sont pas intervenus dans ce quartier par hasard. Les 200 logements, rebaptisés l’Espérance, ont été bâtis sur le site du Moulin-Quignon : une ancienne carrière de sable rappelant que le cours de la Somme passait à cet endroit il y a plusieurs centaines de milliers d’années. Elle est un témoin des temps anciens, comme les carrières Carpentier (route de Doullens) et Léon (route d’Amiens), qui ont été préservées et fouillées.

Le Moulin-Quignon fut l’un des premiers sites sur lesquels Jacques Boucher de Perthes (1788-1868), considéré comme le père de la préhistoire, a travaillé au XIXe siècle. Il y avait découvert des bifaces, des pierres taillées, lui donnant l’intuition d’un homme préhistorique. Léon Aufrère avait également repéré des indices, dans les années 60, au moment de la construction des immeubles.

Une occasion unique saisie

 

Des observations de Boucher de Perthes ne subsistaient que des notes. Et aucune fouille n’avait pu être menée depuis, dans cette zone désormais urbanisée. Le projet d’aménagement des espaces verts du quartier était une occasion unique pour les chercheurs d’y retourner. Ils l’ont saisie.

«  C’est un jalon très important  », apprécie Jean-Luc Locht, archéologue à l’Inrap. Il montre que l’homo erectus, arrivé d’Afrique il y a un million d’années, avant de coloniser peu à peu l’Europe, est passé par la vallée de la Somme, il y a près de 700 000 ans. En ce début de période glaciaire, le paysage devait être moins boisé qu’aujourd’hui, ressemblant peut-être à une steppe, avec un climat plus continental. Cet homo heidelbergensis, qui devait mesurer environ 1,60 m, avec des arcades sourcilières proéminentes et un menton fuyant, était un nomade, un chasseur-cueilleur, se déplaçant en suivant les migrations du gibier. L’ancêtre des Picards était à Abbeville.

Xavier Togni

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Commentaires : 1
  • #1

    Platevoet Bernard (jeudi, 02 février 2017 15:21)

    bonjour,

    je voudrais réutiliser la photo de terrain des fouilles 2016 sur le site de l'ancienne carrière Moulin-Quignon, pouvez-vous me donner l'autorisation ?
    La photo sera mise sur le site de l'Université de Paris-Sud correspondant au musée virtuel de minéralogie dans la page "les minéraux et l'Homme", le site est en construction et sera mis sur le web courant 2017 ou 2018. Bien évidemment si cela est possible donnez moi la référence pour que je puisse la citer à côté de la photo. Le site que nous construisons et bien évidemment un site scientifique sans aucun but lucratif.
    cordialement et avec mes remerciements
    Bernard Platevoet,
    ancien enseignant au département de géolgie à l'Université (labo. GEOPS)

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