Cin'archéo 5 avril 2013 : Le messager de Lascaux

CIN’ARCHEO vous convie à sa prochaine séance le vendredi 5 avril (20 h 30) à la DRAC (Salle
Robida, 61 rue Saint-Fuscien) au cours de laquelle sera diffusé “'Le messager de Lascaux”, documentaire de 52’ réalisé en 2010 par Bernard Férié et produit par France Télévision et Grand Angle Productions

L'entrée est gratuite.

« Tout a déjà été accompli ici, en terme de peinture. »

Picasso

 

Les peintures de la grotte de Lascaux, sanctuaire de l’art préhistorique, soixante ans après leur mise à jour, sont encore à découvrir, à « lire », à interpréter. Les fresques somptueuses qui ornent ses parois portent un message, mais lequel ? Est-elle, plus qu’une grotte ornée, une « bible » des origines, un poème premier, éblouissant d’ocres dorés, de rouges et de noirs, une flamboyante cérémonie inaugurale ?

 

Bien peu de préhistoriens, à l’heure actuelle, se sont aventurés dans l’analyse purement picturale de cette énigme, rétifs qu’ils sont, globalement, à considérer « d’abord » Lascaux comme une œuvre d’art. Or, répétons-le, Lascaux, par quel mystère ?, est « autre chose » qu’un objet préhistorique parmi des milliers d’autres.

 

C’est pourquoi notre documentaire, pour la première fois, va donner la parole à des peintres, des plasticiens, un historien de l’art, un écrivain fasciné par Lascaux (Philippe Sollers), un poète et même un philosophe spécialiste de Préhistoire !

 

C’est à ces « messagers » que reviendra, en premier, de suggérer, interpréter, mettre en perspective telle composition, tel geste, tel style, tel pigment, telle technique, telle représentation animale, ainsi que leur ordonnancement symbolique et mystérieux…

 

En un mot, qu’est-ce que l’artiste d’aujourd’hui, du fond de sa complicité vertigineuse avec ses compagnons du paléolithique, voit « de plus » que quiconque dans Lascaux ? 1

 

Il sautera alors aux yeux, qu’avant d’être un objet d’études pointilleuses et de querelles savantes, Lascaux est d’abord et tout simplement une « œuvre d’art » : c’est par la sensation, plus que l’information, par l’émotion plus que l’érudition, par le plaisir plus que la description, par l’œil plus que le concept, qu’il faut, de toute urgence, essayer d’approcher Lascaux !

 

Pour espérer mieux connaître, un jour, ces peintres de génie qui, au sein d’une civilisation à son apogée, ont donné naissance à ce chef-d’œuvre.

 

et pour espérer savoir bientôt prévenir, ou dépasser, par la connaissance sensible de sa picturalité, son évanouissement annoncé.

 

1 - Il est intéressant de rappeler que les peintres du début du XXème siècle (Picasso, Matisse, Modigliani…) sont, en quelque sorte, les « contemporains » de leurs prédécesseurs du paléolithique, en ce sens qu’ils sont nés « avec » la Préhistoire et les premières découvertes ornées… Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient TOUS été influencés, irrigués, ensemencés, par le premier art préhistorique (Altamira, Font-de-Gaume, Pech-Merle, etc.). Cf. la fascination de Matisse pour les ocres de Lascaux, qu’il découvrit peu de temps avant sa mort… de Soulages pour les noirs de manganèse, de Combas pour la virtuosité graphique et la couleur, etc. Il n’est pas étonnant non plus que les peintres d’aujourd’hui, subissent, par héritage, la fascination de la perfection picturale de Lascaux et de son mystère. Le créateur plastique du XXIème siècle a encore Lascaux dans sa tête, dans son geste, dans sa main, dans ses courbes. Beaucoup nous diront que Lascaux est leur « énergie »… Ce sont tous des « enfants » de Lascaux.

 

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Genese du projet

Le hasard et les opportunités de mon métier de réalisateur m’ont permis de descendre à trois reprises dans la grotte de Lascaux, près de Montignac, en Dordogne. Plus une quatrième, puisque, enfant, j’ai visité la caverne « céleste » en 1962, avec mes parents, un an avant sa fermeture définitive au public. Je m’en souviens encore.

 

J’ai toujours ressenti l’apport émotionnel de ces visites successives comme un privilège d’exception. Ce fut sans doute, entre autres, cette première visite de Lascaux – j’avais 15 ans – qui décida de mes choix futurs et, d’une manière certaine, de mon itinéraire : des études de philosophie et d’histoire de l’art, adossées à une pratique jamais interrompue de la spéléologie et de l’archéologie de terrain.

 

Ce n’est donc pas un hasard si, tout au long de mon parcours d’auteur et de réalisateur, j’ai fréquemment privilégié des sujets touchant à la préhistoire, ce qui m’a amené à travailler, pour la télévision, avec Yves Coppens, Michel Brunet , Jean-Michel Geneste et bien des équipes du CNRS comme celle du laboratoire souterrain de Moulis en Ariège1.

 

Durant toutes ces années, j’ai suivi de près, par des relations de confiance avec les acteurs principaux de Lascaux2, les études scientifiques pluridisciplinaires qui y furent menées, ainsi que leurs vicissitudes, leurs échecs, leurs avancées, connues maintenant du grand public…

Cependant, mes « rencontres », fort anciennes, avec les « 400 siècles d’art pariétal » de l’abbé Breuil et la « Préhistoire de l’Art Occidental » d’André Leroy-Gouran, ainsi que ma découverte du texte emblématique de Georges Bataille, « Lascaux ou la Naissance de l’Art », publié chez Skira en 1955, a orienté résolument mon intérêt pour cette grotte unique, vers ses dimensions esthétiques, plastiques, picturales, jusque-là laissées en arrière-plan. Ma rencontre, il y a dix ans, avec la plasticienne et peintre Monique Peytral, réalisatrice des fresques de Lascaux II, a définitivement enraciné ma fascination pour le mystère pictural de Lascaux.

2 - Nous avons obtenu, en 1986, avec « La Pierre en Pleurs » les grands prix des festivals de Barcelone et des Diablerets. Premier film consa

3 - Jean-Philippe Rigaud, Jean-Michel Geneste, Serge Maury, Norbert Aujoulat, entre autres…

cré à la protection et au respect du milieu souterrain.

 

 

Horizon

Au-delà de l’émotion, de l’émerveillement et du trouble que suscite la première visite de la grotte de Lascaux, la fraîcheur inespérée des fresques, 17.000 ans après leur création, invite à se poser sans attendre la question essentielle : qui étaient ces artistes de génie ?

 

Pris par « l’objet » archéologique qu’elle présente et représente, ainsi que par l’abondance de « matériel » préhistorique et graphique qui leur ont donné du grain à moudre pour plusieurs décennies, peu de scientifiques se sont avancés spontanément sur la piste intime de ces artistes solutréo-magdaléniens, qui, au sein de la première civilisation proprement « moderne » – mais déjà l’une des plus brillantes – ont peint et gravé Lascaux. Pourquoi ?

 

 

 

De la même manière que l’on parle d’un « horizon » cosmique au-delà duquel nous ne pouvons plus voir la naissance de l’univers, il existe, en amont des civilisations de l’Écrit, une sorte d’horizon « conceptuel » qui rend aléatoire, pour ne pas dire vain, de s’aventurer avec nos mots et nos idées d’aujourd’hui dans « l’esprit global » d’une telle civilisation, de ses peuples multiples, s’étant succédés sur des centaines de siècles, de ses communautés et de ses acteurs : tout n’y est plus affaire que d’interprétations, de conjectures, de supputations, de questionnements… au mieux, de bribes éparpillées et parfois contradictoires de sens… C’est la raison pour laquelle les préhistoriens butent encore et toujours devant ces questions essentielles.

 

Néanmoins, comme a écrit Friedrich Hölderlin : « Le poète, seul, fonde ce qui demeure ».1

 

Voilà pourquoi nous allons confier la mission « d’approcher » l’âme de leurs lointains compagnons de Lascaux, aux seuls « poètes » d’aujourd’hui : à ceux, peintres, plasticiens, écrivains, philosophes de l’art, dont le regard peut espérer porter, soudainement, par fulgurances, au-delà de « l’horizon » !

 

 

1« Andenken » 1802

 

Note d'intention du réalisateur

Depuis ma première visite, en 62, un an avant sa fermeture, j’ai toujours été fasciné par Lascaux. Cette grotte emblématique et magique, où j’ai eu le privilège de revenir à plusieurs reprises, a décidé de ma passion pour la Préhistoire, l’archéologie, la spéléo… Je pensais d’ailleurs me consacrer aux sciences de la Terre, jusqu’au jour où le goût de l’image l’a emporté.

Mais les métiers de l’image et du son offrent la particularité de nous permettre de vivre, par procuration, une multitude de vies inaccomplies ou rêvées : ce n’est donc pas un hasard si, tout au long de mon parcours d’auteur et de réalisateur, j’ai fréquemment privilégié des sujets touchant à la Préhistoire. La peinture, par contre, est toujours restée, pour moi, une fascinante énigme.

Lascaux étant aujourd’hui définitivement sanctuarisé, j’ai souhaité sans doute, par ce documentaire consacré à sa picturalité, opérer en quelque sorte un « retour à la Source ». Un retour impossible, certes, un retour rêvé à cet âge d’or où je m’allongeais sur le sol de la Salle des Taureaux pour contempler les figures mythologiques qui se mettaient alors à danser au-dessus de moi, pour moi !

Mais, Lascaux, c’est la profusion du Beau et de l’humain (l’un, sans doute, ayant donné le jour à l’autre), le trop à voir, à admirer, à subir, à convoiter… L’esprit ne sait plus où donner du regard ! Si bien que j’en suis toujours ressorti dans la contrariété de n’y avoir rien vu, dans le désarroi de n’en avoir pas assez retenu, dans la soif d’y revenir au plus tôt, pour, une fois enfin, jouir à satiété de Lascaux ! J’aurais voulu garder, emporter toute cette beauté pour me grandir l’âme un peu avec elle… En vain. Lascaux, cette ode à la joie, vit en moi comme une inépuisable nostalgie.

Qui, alors, pouvait mieux m’accompagner dans ce pèlerinage documentaire, que quelques grands artistes d’aujourd’hui, dont Lascaux a ensemencé le regard et la pensée ?

 

 

Bernard Férié – Mai 2010

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Commentaires: 2
  • #1

    SIMON Jean-Marc (samedi, 06 avril 2013 00:42)

    Très bon film qui donne une autre dimension et une autre perception des peintures de Lascaux. Le réalisateur, Bernard FERIE, organise la confrontation des points de vue (comme aurait dit BOURDIEU)en donnant la parole à des peintres, écrivains, philosophes. un très bon moment passé en compagnie des membres du CIRAS. JMS

  • #2

    Felix Sampson (mardi, 31 janvier 2017 19:10)


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