Epave EP1-Epagnette, Somme - Epagne-Epagnette (80 580) Campagne de fouille 2015 - Principaux résultats


L’épave, découverte en 2002, est située dans le fleuve Somme, au niveau du hameau d’Epagnette, sur la commune d’Epagne-Epagnette (80 580), à 3,5 kilomètres en amont du centre d’Abbeville. Elle repose à l’extrémité aval d’une section de la Somme rectiligne sur près de 400 m entre les lieux-dits Les Roques, en rive droite, et Les Près Roque, en rive gauche. L’épave est située au bas de la pente de la rive gauche, à faible distance des derniers gabions, à une profondeur moyenne comprise entre 2,50 m et 3 m. Depuis 2012, elle est l’objet d’une fouille programmée.


La campagne de fouille 2015 est la première année du second programme pluriannuel (2015-2018) de fouille subaquatique de l’épave d’Epagnette qui s’est déroulée du 31 mai au 13 juin 2015. Le financement de l’opération a été assuré par le SRA Picardie et le Conseil Général de la Somme. Le soutien logistique (matériel de plongée et équipement de fouille subaquatique) a été effectué par le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (ministère de la Culture) dans le cadre d’une convention de collaboration scientifique avec le CNRS. L’Agence maritime et fluviale du département de la Somme a contribué à la mise en place du chantier sur les bords du fleuve. Un topographe du SRA et un topographe stagiaire d’Amiens-Métropole ont assuré durant toute la fouille les relevés topographiques.

La fouille a porté sur une surface totale de 12 m2. Ce sont plus des deux tiers de l’épave dont les vestiges s’étendent sur près de 12 m de long et 2 m de large qui, depuis le début, ont été fouillés. En 2015, le temps de travail subaquatique a été de 121 heures pour un temps total, depuis le début du programme, de 411 heures.


Rappelons que les bois (chênes) ayant servi à la construction du bateau ont été datés par la dendrochronologie de l’année 1746 pour une mise en œuvre probable au cours de l’année 1747. La date du naufrage quant à elle n’est pas connue dans l’état actuel d’avancement de la fouille.


Un élément chronologique nouveau trouvé durant la campagne de fouille 20125 est la découverte, dans la cargaison de tuiles plates à crochet, d’une monnaie en cuivre très érodée d’un double tournoi probablement frappé à Bordeaux au plus tôt en 1638 et dont la circulation s’est prolongée jusqu’à la Révolution.

L’étude de la cargaison s’est poursuivie dans la perspective de restituer l’organisation du chargement en fonction des différents types de tuiles : tuiles plates à crochet (près de 80%), tuiles faîtières, tuiles d’angle. Les deux rangées de tuiles plates fouillées cette année (lots 50 à 55, lots 58 et 59) étaient disposées dans la maille (environ 50 cm de large) séparant les deux membrures MB 54/MB 55 suivant une disposition observée sur toute la partie de l’épave fouillée à savoir l’espace vide séparant deux membrures étant destiné à la cargaison de tuiles. Les différents lots de tuiles sont disposés à plats sur la sole et ont basculé, semble-t-il, en suivant le basculement général de l’épave sur un de ses flancs. Latéralement, des tuiles plates disposées de chant étaient coincées entre les membrures et la base des rangées de tuiles de manière à les bloquer en formant une sorte de coffrage. A l’intérieur de chacun des lots, il y a des tuiles plates dont les tenons sont disposés tête-bêche et d’autres dans le même sens sans organisation apparente.

La fouille a mis en évidence pour la première fois un ensemble organisé de briquettes de tourbe d’une vingtaine de centimètres de long disposées sur une trentaine de centimètres de haut entre deux mailles successives d’environ 1 m de large entre les membrures doubles MB 65-MB 66/MB 67-MB 68 et membrures doubles MB 67-MB6/MB 69-MB 70. Ces briquettes étaient en partie recouvertes par des tuiles plates à crochet provenant des couches supérieures des lots de tuiles en place qui ont été déplacées lors du naufrage. La question qui se pose est celle de la fonction de ces briquettes. Constituaient-elles un fret secondaire venant en complément de la cargaison de tuiles ou étaient-elles destinées au foyer du bord pour la cuisine ?

L’étude de l’architecture du bateau s’est également poursuivie selon le protocole défini au début du programme : étude d’ensemble des vestiges en place, planimétrie, coupes transversales et étude à terre d’un prélèvement d’une section transversale de la coque d’une quarantaine de centimètres de large. Le prélèvement est la seule méthode permettant une analyse détaillée faisant apparaître, comme cette année par exemple, une marque de charpentier de quelques centimètres correspondant à l’emplacement d’un assemblage et permettant aussi le démontage des pièces de charpente, seul moyen d’accéder à la compréhension des méthodes de construction. L’étude architecturale a conduit à mettre en évidence une symétrie de la composition du bordé à clin entre les parties aval et amont de la coque avec deux éléments de bordé en forme dite de « bordages de pointe » indicatifs d’une évolution plus ou moins similaire des formes de la coque si vers ses extrémités s’achevant sans doute en pointe. La fouille de la sole (le fond plat du bateau) n’a pas permis cette encore d’évaluer précisément la largeur du fond en raison d’un manque de conservation des vestiges de cette partie de la coque.


Parmi le mobilier trouvé cette année, l’élément le plus important est un cordage à trois torons de 15 mm de diamètre encore enroulé et dont la longueur a été estimée à une trentaine de mètres. Ce cordage, coincé dans les tuiles plates à crochet déplacées et provenant des couches supérieures des lots en place, était probablement destiné à l’arrimage d’une cargaison.


Tous les prélèvements étudiés à terre pendant la fouille ont été remis à l’eau en fin de chantier, dans un secteur du site servant de dépôt, après avoir été conditionné. En fin de fouille, la zone fouillée de l’épave a été recouverte par un géotextile puis par des sédiments provenant du centre du fleuve.


L’étude des données de fouille se poursuit actuellement de même que les études documentaires dans les archives et les bibliothèques.


Eric Rieth, responsable de l’opération


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