Quand l’homme de Néanderthal chassait l’auroch à Caours

Courrier picard du 28/09/2015


Un site archéologique majeur, pour la période préhistorique, est fouillé à Caours, près d’Abbeville. Il a été racheté par la communauté de communes, pour être mis en valeur.


Il y a plus de 120 000 ans, à une époque où le climat était proche du nôtre, des hommes de Néenderthal vivaient dans l’Abbevillois. Ils chassaient le cerf, le chevreuil, le sanglier, mais aussi des espèces disparues, comme l’auroch, le rhinocéros des prairies ou l’éléphant des forêts. Puis ils préparaient leur gibier dans un atelier de découpe, avant de rejoindre leur campement de nomades. Cette vision de notre lointain passé, au temps de la préhistoire, pourrait être assez proche de la réalité. En tout cas, elle est née de l’étude d’un site archéologique exceptionnel, au cœur du village de Caours, entre Abbeville et Saint-Riquier, dans la vallée du Scardon.


Il a été découvert presque par hasard dans des terres agricoles, il y a une dizaine d’années, mais s’est très vite révélé d’une richesse extraordinaire, à la fois pour les archéologues, les géologues, les archéo-zoologues, qui travaillent ensemble sur ce chantier. Ils ont su convaincre les élus de son intérêt, puisque la communauté de communes de l’Abbevillois vient d’acheter la parcelle. «  Cette acquistion va nous permettre de travailler dans des conditions optimales. Avant, nous devions reboucher après chaque campagne de fouilles, pour une remise en culture. Désormais, nous n’aurons plus cette contrainte  » se félicite Jean-Luc Locht, ingénieur à l’Inrap et responsable des opérations, qui s’achevaient vendredi dernier.

Au fond d’un trou de quatre mètres, où apparaît la coupe stratigraphique, l’archéologue explique. «  Nous sommes dans la dernière période interglaciaire avant la nôtre, entre moins 130 000 et moins 115 000 ans. Avant, nous pensions que l’Europe du nord-ouest n’était pas habitée à cette époque, mais Caours nous a prouvé que l’homme de Néenderthal était présent, cela a modifié toutes nos connaissances sur l’occupation dans cette région.  » Et de s’enflammer : «  C’est le seul exemple, il est important de le préserver.  »

Dans le tuf, les spécialistes ont surtout trouvé des silex taillés et des ossements d’animaux portant des traces de découpe pour récupérer la viande, ainsi que la moëlle, la cervelle ou la langue. Ils ont également noté des traces de combustion montrant la présence de foyers. L’analyse de fossiles d’escargots, par Nicole Limondin-Lozouet, directrice de recherches au CNRS, a permis de reconstituer l’environnement de l’époque et de dater précisément la découverte. «  Nous sommes entre 122 000 et 124 000 ans  », avance Jean-Luc Locht. Selon les indices relevés, les hommes seraient revenus «  au moins à quatre reprises  » dans cette zone propice à la chasse, avec «  la présence d’eau, de grands herbivores, de silex prélevés dans le lit du Scardon, beaucoup plus proche qu’aujourd’hui  » En revanche, il est très difficile de repérer des traces d’habitat pour cette période. «  Mais on peut supposer qu’ils vivaient à proximité.  »

Selon les sondages réalisés, le site s’étend sur près de 6000m2, «  l’équivalent d’un terrain de foot  » et annonce «  un t ravail de grande ampleur  ». «  On a la chance de pouvoir reconstituer presque au jour le jour les gestes de l’homme de Néenderthal. Cela nous permet de l’appréhender dans son quotidien, d’aborder l’économie de subsistance  », souligne Patrick Auguste, archéo-zoologue au CNRS. Pour Pierre Antoine, géologue au CNRS qui s’intéresse à l’histoire géologique de la Somme, Caours donne «  une image très précise  » de ce que pouvait être le paysage de cette époque.

Le rêve de ces chercheurs serait de trouver des os humains. Jean-Luc Locht relativise :«  On estime que moins de 10 000 hommes de Néenderthal peuplaient le territoire français actuel. Et on a retrouvé que deux crânes de Néenderthal en Europe du Nord-Ouest.  » Pierre Antoine résume :«  L’homme de Caours n’est pas encore né.  » Qui sait  ?

XAVIER TOGNI

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